L’explosion des cachets d'artistes met-elle nos festivals en danger ?
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L’explosion des cachets d'artistes met-elle nos festivals en danger ?

L'été est là, et avec lui tout son lot de festivals, et vous l'avez sans doute remarqué : le prix des billets de festival est, la plupart du temps, en hausse. Derrière cette augmentation ne se cache pas une simple envie de faire du profit (la majorité des festivals ont du mal à être rentables, même complet), mais une réalité économique de plus en plus tendue pour les organisateurs. Pour comprendre ce qui se passe vraiment en coulisses, nous avons mené une grande enquête. Nous avons interrogé neuf directeurs et programmateurs de festivals indépendants partout en France. Leur constat est unanime : l'explosion des cachets artistiques bouleverse totalement le secteur.

Des cachets qui s'envolent

Aujourd'hui, avec le streaming, la vente d'albums ne rapporte plus assez. Pour vivre, les artistes et leurs équipes misent de plus en plus sur la scène, ce qui a fait exploser les prix.

Stéphane Canarias, à la tête du Lovely Brive Festival, nous a confié qu'en moins de dix ans, le prix des têtes d'affiche a tout simplement triplé pour attirer exactement le même nombre de spectateurs.

La tendance est encore plus forte dans la musique électronique ou pour les artistes qui percent parfois en quelques semaines ou mois sur les réseaux. Agathe Limoge, co-fondatrice du Cocorico Electro, explique que lorsqu'un artiste explose sur les réseaux sociaux, son cachet peut facilement être multiplié par 100 en l'espace de quelques mois.

Mais ce ne sont pas que les superstars qui coûtent cher. Certains jeunes talents, poussés par l'engouement d'internet, demandent des sommes astronomiques avant même d'avoir fait leurs preuves sur scène. Kilian Minjollet, directeur du Nantua Fest, le regrette : « On voit aujourd'hui des cachets pour des projets avec seulement un ou deux titres qui atteignent les niveaux d'artistes installés avec 10 ou 15 ans de carrière. »

  

La DJ hard techno Novah, qui a explosé sur les réseaux en seulement quelques mois, multipliant ainsi son cachet en un temps record

La DJ hard techno Novah, qui a explosé sur les réseaux en seulement quelques mois, multipliant ainsi son cachet en un temps record

La loi du plus fort face aux géants

Acheter un concert est devenu une véritable guerre d'enchères. Dans ce jeu, les festivals indépendants luttent face aux immenses machines événementielles gérées par des multinationales, comme Live Nation ou encore AEG Presents.

Les agents d'artistes imposent de plus en plus de clauses "d'exclusivité" : si un artiste joue dans un gros festival, il lui est parfois interdit de jouer ailleurs dans la même région pendant des mois. Wally Stryk, Le directeur de l'Écume Festival, en Bretagne, en a déjà subit les conséquences :

« J'essaie de programmer cet artiste depuis cinq ans. Mais il a signé un contrat d'exclusivité avec un autre grand festival en Bretagne... Nous n'avons tout simplement pas la puissance économique ou la taille de public de ces géants pour attirer des artistes très demandés immédiatement. »

 

Le défi de la scène émergente

Même si la grande majorité des festivals mettent un point d'honneur à défricher et à mettre en avant les jeunes talents, l'équation financière devient de plus en plus complexe. Quand on dépense une fortune pour une tête d'affiche, la marge de manœuvre se réduit mécaniquement pour le reste de la programmation.

Maxime Bouret, Directeur et Programmateur du Erva Festival, reconnaît que les négociations difficiles avec les gros artistes laissent parfois beaucoup moins de souplesse budgétaire pour soutenir la scène locale. Un constat partagé par de nombreux programmateurs qui se battent pourtant pour ne pas sacrifier ces pépites. Au festival Électrolapse par exemple, la direction s'interdit de faire payer cette inflation aux jeunes talents : pas question de négocier leurs petits cachets à la baisse sous prétexte qu'ils auraient simplement "besoin de visibilité".

L'autre solution pour combler le trou, c'est d'augmenter le prix du billet. Mais tous les directeurs interrogés sont d'accord : il y a une limite psychologique. En France, les festivaliers ne sont pas prêts à payer 100 euros pour une soirée dans un festival rural ou indépendant. Face à ce mur, certains comme Jean Boucher, président de l'Aluna Festival, refusent de jouer à ce jeu dangereux :

« Quand j'ai vu que Katy Perry tournait et que j'ai vu son prix, j'ai dit on laisse tomber. On n'a pas les moyens de jouer à ce jeu-là. On reste humbles. »

La mise en avant de la scène locale et des artistes émergent reste très importante pour les festivals

La mise en avant de la scène locale et des artistes émergent reste très importante pour les festivals

Miser sur l'expérience pour survivre

Alors, comment survivre ? Pour beaucoup d'indépendants, la réponse ne se trouve plus seulement sur l'affiche, mais sur le terrain.

Plutôt que de tout miser sur les noms écrits en gros sur l'affiche, ils investissent massivement dans la décoration, la scénographie, les activités, la qualité de la nourriture locale et l'ambiance. Le but est que le public vienne pour le festival en lui-même, et non plus pour "consommer" un artiste.

La direction du festival Électrolapse en est convaincue :

« Nous investissons lourdement dans l'immersion et la scénographie, presque plus que dans notre budget de programmation. Vous pouvez le voir avec nos 'blind pass' (pass à l'aveugle). Les gens les achètent sans même connaître la programmation, ce qui montre qu'ils sont fidèles. »

Une belle preuve que l'avenir des festivals passera sans doute par l'ambiance et le rassemblement, bien plus que par la course aux superstars.

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