20 ans, les pieds dans le sable
Les 7, 8 et 9 août, Cannes a une nouvelle fois vibré au rythme des musiques électroniques à l'occasion des Plages Électroniques. Pour cette édition particulière, le festival célébrait son 20e anniversaire, une étape symbolique pour l'un des rendez-vous électroniques incontournables du sud de la France.
Il faut dire que le concept a de quoi faire rêver. Des milliers de festivaliers réunis les pieds dans le sable, la Méditerranée en toile de fond et Cannes comme décor : difficile de trouver un cadre plus singulier pour un festival électronique.
Pendant trois jours, de 14h à 00h30 (hors after), les festivaliers pouvaient naviguer entre les différentes scènes du site. Au total, huit scènes étaient proposées en comptant l'espace dédié aux afters. De notre côté, nous n'avons pas participé aux afters, organisés notamment à La Centrale, et nous nous concentrerons donc dans ce bilan sur les trois principales scènes du festival.
Une programmation qui coche beaucoup de cases
S'il y a bien un domaine dans lequel Les Plages Électroniques n'ont pas déçu pour leur 20e anniversaire, c'est celui de la programmation.
Les trois scènes principales proposaient chacune une identité relativement claire, permettant de passer d'un univers à l'autre sans avoir l'impression de retrouver constamment le même style musical.
La Plage reste évidemment l'écrin des grands noms. C'est ici que l'on retrouvait notamment Nico Moreno, DJ Snake, Mosimann, Martin Garrix, Vladimir Cauchemar, Amelie Lens ou encore le B2B entre Anetha et Patrick Mason. Une scène pensée pour les gros rendez-vous, avec une programmation capable d'attirer aussi bien les amateurs d'EDM que les aficionados de techno.
Plus pointue, La Centrale proposait une sélection davantage tournée vers la techno, le hard bounce et les sonorités UK. Parmi les sets qui nous ont particulièrement marqués : Maudux, Hortense de Beauharnais, Interplanetary Criminal et Malugi.
Enfin, La Terrasse apportait une autre couleur au festival avec une programmation davantage orientée house, tech house et melodic techno. Rivo, Memba Skar ou encore le B2B entre Baron et Dorian Craft ont notamment retenu notre attention.
Au-delà des noms affichés sur les posters, c'est surtout la diversité de la programmation qui fonctionne. Les Plages parviennent à proposer plusieurs ambiances au sein d'un même festival, sans que les différentes scènes ne donnent l'impression de se marcher dessus musicalement.
Et malgré les critiques que nous pouvons avoir sur l'expérience globale, difficile de nier que certains sets auront largement été à la hauteur du rendez-vous.
Cannes en toile de fond : difficile de faire mieux
Il faut également rendre à César ce qui appartient à César : le cadre des Plages Électroniques reste exceptionnel.
Les différentes hauteurs du site offrent plusieurs points de vue sur Cannes et permettent régulièrement de prendre un peu de recul sur la foule, la plage et la Méditerranée. À certains moments, le simple fait de se retourner pour observer la ville depuis le festival rappelle pourquoi le concept fonctionne aussi bien depuis toutes ces années.
C'est probablement l'un des principaux atouts du festival : même lorsque la programmation n'est pas forcément celle que l'on préfère, le décor suffit presque à créer une expérience en lui-même.
Autre bon point constaté pendant ces trois jours : les bars se sont montrés plutôt efficaces malgré une fréquentation importante. Les temps d'attente sont restés globalement raisonnables, ce qui est loin d'être anodin sur un festival accueillant autant de monde. En revanche, les prix des consommations nous ont semblé élevés, un point qui peut rapidement peser sur le budget d'un festivalier lorsque l'on passe plusieurs jours, sur place. Un service efficace, donc, mais à un tarif qui méritait selon nous d'être un peu plus mesuré.
Mais justement, cette forte fréquentation va rapidement devenir le principal problème de notre week-end.
Quand le succès commence à nuire à l'expérience
C'est probablement ici que notre bilan devient plus mitigé.
Car si Les Plages Électroniques savent parfaitement vendre le rêve, Cannes, la plage, les grands artistes et une image particulièrement forte, la réalité sur place peut parfois être beaucoup moins fluide.
Le premier problème rencontré concerne les entrées. Dès le vendredi, alors que le festival débutait à 14h, nous avons notamment constaté une attente pouvant atteindre une heure à une heure et demie pour accéder au site aux alentours de 18h. Ce qui s'est répété sur les autres jours du festival.
Une attente particulièrement frustrante lorsque l'on vient voir certains artistes en particulier.
Mais le problème ne s'arrête pas aux entrées. Une fois à l'intérieur, la quantité de personnes présentes rendait parfois certains déplacements compliqués, voire certaines scènes tout simplement inaccessibles.
Le phénomène était particulièrement visible le vendredi et samedi, qui se sont révélés être les journées les plus chargées du week-end. L'affluence devenait alors telle qu'il fallait parfois renoncer à accéder à certaines zones ou anticiper très largement ses déplacements.
Et c'est là que se pose une vraie question pour le festival : jusqu'où peut-on pousser la fréquentation d'un site avant que cela ne commence à dégrader l'expérience de ceux qui ont acheté leur billet ?
Une expérience parfois davantage tournée vers l'image
Autre particularité que nous avons ressentie pendant ces trois jours : l'identité du public.
Les Plages Électroniques attirent évidemment de nombreux passionnés de musique électronique, mais le festival semble également avoir développé une dimension très lifestyle, directement liée à son cadre et à l'image de Cannes.
Une partie du public paraît ainsi venir autant pour l'expérience sociale, le décor et l'image du festival que pour la musique elle-même. Entre Cannes, la plage et les artistes internationaux, Les Plages Électroniques sont devenues un événement particulièrement photogénique et très présent sur les réseaux sociaux.
Ce n'est évidemment pas un défaut en soi. C'est même probablement l'une des raisons du succès du festival.
Mais cela participe aussi à créer une atmosphère différente de celle que l'on peut retrouver dans des festivals davantage centrés sur la culture électronique et son public de passionnés.
Foodcourt et sanitaires : quelques détails qui comptent
Dans un festival de cette taille, l'expérience ne se limite évidemment pas aux scènes.
Le foodcourt, notamment, nous a laissé plus perplexes. Celui-ci se trouvait à environ 15 minutes à pied des scènes principales, ce qui peut rapidement devenir contraignant lorsque le site est déjà très chargé. À cela s'ajoutaient des temps d'attente importants pour accéder aux différents stands.
Un point qui peut sembler secondaire sur le papier, mais qui prend rapidement de l'importance lorsque l'on passe plusieurs heures sur place.
Même constat concernant les sanitaires : le nombre de toilettes disponibles semblait insuffisant, particulièrement pour les femmes, avec des attentes qui pouvaient devenir problématiques.
Ce sont peut-être des détails par rapport à la programmation, mais ce sont justement ces éléments qui peuvent faire la différence entre une très bonne journée et une expérience réellement agréable.
Une 20e édition qui pose une question importante
Au fond, c'est peut-être là que se situe notre principal regret concernant cette édition anniversaire.
Les Plages Électroniques disposent de presque tous les ingrédients pour être l'un des meilleurs festivals électroniques de France.
Un cadre unique. Une identité forte. Une programmation internationale. Des scènes avec des univers différents. Des artistes capables de proposer de très grands moments.
Mais cette édition nous a aussi donné l'impression que la priorité était parfois davantage donnée à l'attractivité de la programmation et au nombre de festivaliers qu'à la capacité du site à offrir une expérience confortable.
Il ne s'agit évidemment pas de remettre en cause le succès du festival. Bien au contraire : si le site était aussi rempli, c'est justement parce que Les Plages Électroniques continuent d'attirer énormément de monde.
Mais le succès devient un problème lorsqu'il commence à empêcher les festivaliers de profiter de ce pour quoi ils ont payé.
Pouvoir voir Amelie Lens en closing, Martin Garrix ou encore un B2B particulièrement attendu, c'est une chose. Pouvoir réellement accéder à la scène, circuler correctement et profiter du set dans de bonnes conditions en est une autre.
Alors, faut-il faire Les Plages Électroniques ?
Après trois jours passés sur place, notre réponse est finalement assez simple : oui, mais en sachant pourquoi vous y allez.
Si votre objectif principal est de voir quelques artistes précis dans un cadre exceptionnel, alors Les Plages Électroniques restent un rendez-vous difficile à égaler. Peu de festivals peuvent proposer une telle programmation avec Cannes et la Méditerranée en arrière-plan.
En revanche, si vous êtes particulièrement attachés au confort, à la fluidité des déplacements, à des espaces suffisamment grands ou à une expérience festivalière plus tranquille, l'expérience peut rapidement devenir frustrante.
De notre côté, cette 20e édition nous laisse donc un sentiment en demi-teinte.
Nous repartons avec de très beaux souvenirs musicaux, plusieurs sets qui nous ont véritablement marqués et l'image d'un festival au cadre toujours aussi exceptionnel.
Mais également avec le sentiment que Les Plages Électroniques doivent désormais trouver un meilleur équilibre entre leur ambition artistique et la capacité réelle de leur site.
Pour leur 20e anniversaire, les Plages ont confirmé qu'elles savaient faire rêver.
Reste maintenant à faire en sorte que le rêve ne se transforme pas en parcours du combattant une fois les pieds posés sur le sable.