Derrière les scènes illuminées et les foules en liesse, une réalité silencieuse se dessine. Le Baromètre Info Festival 2025 met en lumière ce que beaucoup d'acteurs et actrices du secteur savaient sans oser le formuler : les équipes qui font vivre les festivals français sont à bout de souffle.
Les chiffres publiés par Info Festival dressent un tableau humain préoccupant, bien au-delà des seules considérations économiques.
70 % des équipes en tension ou fatiguées
Le baromètre a interrogé les organisateurs et organisatrices sur l'état de leurs équipes. Les résultats sont édifiants.
Chiffres clés — État des équipes
- 55 % des équipes se déclarent fatiguées
- 15 % sont en situation d'épuisement déclaré
- 40 % estiment que le recrutement de bénévoles est plus compliqué qu'avant
- 10 % qualifient leur situation de critique en matière de ressources humaines
Ces chiffres ne reflètent pas une fatigue passagère liée à la période estivale. Ils traduisent un épuisement structurel, accumulé au fil des éditions, aggravé par la crise sanitaire et la reprise à marche forcée qui a suivi.
Les témoignages recueillis par le baromètre sont sans ambiguïté. Un organisateur confie : « On tient par passion, mais la passion ne suffit plus quand les journées font 16 heures pendant trois mois. » Une directrice artistique ajoute : « Le sentiment de ne jamais pouvoir lever le pied, même en dehors de la saison, est devenu permanent. »
Le bénévolat en mutation
Le bénévolat constitue un pilier fondamental de l'organisation festivalière en France. Des milliers de bénévoles assurent chaque été des fonctions essentielles : accueil, logistique, sécurité, restauration, gestion des déchets.
Mais ce modèle est en train de se fissurer. 40 % des festivals déclarent que le recrutement de bénévoles est plus compliqué qu'avant. Les causes sont multiples : vieillissement des équipes historiques, changement des attentes des jeunes générations, concurrence entre événements, complexification des tâches demandées.
Les bénévoles d'aujourd'hui ne sont plus ceux d'il y a vingt ans. Ils et elles attendent une expérience valorisante, un cadre organisé, des contreparties claires. La simple « passion pour la musique » ne suffit plus à motiver un engagement bénévole sur une semaine entière dans des conditions parfois difficiles.
Pour 10 % des festivals, la situation est qualifiée de critique : le manque de bénévoles menace directement la capacité à organiser l'événement dans des conditions acceptables.
La charge réglementaire et administrative
L'épuisement des équipes ne provient pas uniquement du terrain. La charge administrative et réglementaire pèse de plus en plus lourdement sur les directions de festivals.
Les bilans à produire pour les financeurs publics, les dossiers de subvention de plus en plus exigeants, les obligations réglementaires en matière de sécurité, d'accessibilité, d'impact environnemental — chaque année apporte son lot de nouvelles contraintes.
Cette bureaucratisation progressive, si elle répond à des objectifs légitimes, consomme un temps et une énergie considérables. Pour des structures dont les équipes permanentes se comptent souvent sur les doigts d'une main, chaque nouvelle obligation administrative se traduit par une surcharge directe.
« On passe parfois plus de temps à rédiger des bilans qu'à programmer des artistes », résume un directeur de festival interrogé dans le cadre du baromètre.
Le capital humain, richesse invisible des festivals
Le baromètre invite à une prise de conscience : le capital humain des festivals — salarié·es, bénévoles, intermittent·es — constitue leur richesse la plus précieuse et la plus menacée.
La transmission des savoirs représente un enjeu majeur. De nombreux festivals reposent sur des compétences accumulées par des individus au fil des années. Quand ces personnes quittent l'organisation, c'est un patrimoine immatériel qui disparaît.
Le renouvellement générationnel pose des défis spécifiques. Les jeunes professionnel·les du secteur culturel sont confronté·es à des conditions de travail — précarité, saisonnalité, horaires atypiques — qui limitent l'attractivité de ces métiers.
La simplification administrative apparaît comme une nécessité urgente. Alléger la charge bureaucratique permettrait de libérer du temps et de l'énergie pour les missions essentielles : la programmation, l'accueil du public, l'innovation culturelle.
Les festivals qui survivront à cette période de transition seront ceux qui auront su prendre soin de leurs équipes autant que de leur programmation. La crise humaine, si elle n'est pas traitée avec la même urgence que la crise économique, pourrait se révéler bien plus destructrice à long terme.
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Source : Baromètre Info Festival 2025, enquête indépendante menée auprès de plus de 100 organisateurs de festivals français. My Festival est un média indépendant spécialisé dans l'actualité des festivals de musique.

